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"Le recensement n’a atteint aucun de ses objectifs : il n’a précisé ni le nombre des réfugiés, ni le nombre de ceux qui veulent rester ou retourner, ni donné à ces derniers la possibilité de retourner à temps pour s’inscrire sur les listes électorales du Timor Oriental, ni même favorisé la réinstallation en Indonésie vu qu’il ne distingue pas ceux qui veulent rester de ceux qui veulent retourner dès que la situation le permettra." Observatoire Timor-Oriental
voyez ceci:

Portugaise langue: Jul 2 OTL: Refugiados; um recenseamento inútil e perigoso  Essai
Anglais: Jul 2 ETO: Refugee registration: futile and dangerous  Essai

Observatoire Timor-Oriental

Réf.: SE11-2001/07/02f

Sujet : Réfugiés : un recensement inutile et dangereux


Contents:
Résumé
Les Faits
Conclusions


Résumé :

On ne sait pas combien de Timorais, déplacés ou réfugiés, se trouvent encore en Indonésie dans des camps contrôlés par les ex-miliciens. Pour que cessent leurs souffrances, il faut qu’ils puissent choisir librement entre retourner au Timor Oriental ou être réinstallés en Indonésie.

Ils étaient environ 250 000 en septembre 1999. En mars 2000, 160 000 étaient rentrés chez eux mais, à cette même date, l’Indonésie dit en avoir recensé 134 000, un chiffre que les Nations Unies (NU) rejettent.

Pour obtenir un chiffre exact et donner aux déplacés/réfugiés la possibilité de choisir librement entre retourner ou rester, les NU ont organisé un deuxième recensement entre mai et juillet 2000, recensement qui ne se réalisera pas à cause des attaques des milices.

Une troisième tentative, entre octobre et décembre, est organisée par l’Indonésie avec l’accord des NU mais elle se heurte à des difficultés dues, d’un côté, aux milices qui s’opposent à un recensement qui, outre qu’il peut favoriser les retours en réduisant les aides humanitaires, risque porter atteinte à leurs revenus et à leur pouvoir ; de l’autre côté, les agences humanitaires des NU qui se retirent du Timor Occidental après l’assassinat de trois de leurs fonctionnaires internationaux par les milices, le territoire étant alors considéré par le Conseil de Sécurité comme zone d’insécurité maximum (Alerte V). L’Indonésie met fin à sa tentative.

Le Haut Commissariat des NU pour les Réfugiés (HCR) continue à coopérer avec le gouvernement indonésien à la recherche d’une solution qui conjugue recensement/choix et sécurité, sécurité aussi bien pour les réfugiés que pour les représentants des agences des NU. Malgré cette base d’accord, l’Indonésie décide de lancer une nouvelle tentative de recensement pour mai-juin 2001, y compris sans la levée de l’état d’Alerte V. Le gouvernement indonésien essaye de convaincre les deux côtés de la générosité de son initiative : aux milices, il offre un rôle prépondérant dans l’organisation du recensement à travers leur organisation politique, l’UNTAS ; à l’intention de la communauté internationale, il met l’accent sur la participation des réfugiés aux prochaines élections au Timor Oriental et sur l’urgence de leur rapatriement avant la fin du délai d’inscription (20 juin). En même temps, quelques ex-chefs des milices promettent un retour imminent et massif : "50 000 à 70 000 réfugiés», "dans les prochaines semaines". Une telle perspective amène José Ramos Horta à envisager la possibilité de prolonger le délai d’inscription pour les élections tandis que l’Administration de Transition des NU (UNTAET), l’Organisation Internationale des Migrations (OIM), le gouvernement portugais et quelques autres (9 dont 7 asiatiques) acceptent l’envoi d’observateurs qui donnent au processus la crédibilité qui lui faisait défaut (le HCR refuse).

Vicié à la base, le recensement/choix se déroule sous des apparences de normalité. Les observateurs internationaux, 12 pour 507 postes de vote, ne constatent pas de violences mais ils voient les ‘dirigeants des réfugiés’ de l’UNTAS dans tous les postes "pour faciliter la participation des réfugiés". Les reculs sur les critères internationaux habituels dans des opérations de ce genre se révèlent non seulement inutiles mais dangereux. Inutiles, parce qu’on ignore toujours combien il y a de réfugiés ; de source officielle, 295 751 personnes ont été recensées, dont 113 791 de plus de 17 ans. Ces chiffres dépassent de beaucoup la réalité. Ils peuvent inclure des Indonésiens qui ont vécu temporairement au Timor Oriental. Un des officiers de la taskforce admettait même que des policiers et des fonctionnaires indonésiens qui ont résidé pendant 5 ans au Timor Oriental pourraient y retourner. Inutile aussi parce que seulement 1 241 réfugiés (1%) ont décidé de retourner. Un chiffre tellement incroyable que plusieurs autorités indonésiennes ont dit que même ceux qui ont déclaré vouloir rester seront autorisés à retourner. Dangereux parce que, outre de possibles représailles de la part des milices contre ceux qui ont choisi le rapatriement, la participation d’observateurs internationaux peut provoquer une diminution des pressions internationales et renforcer par-là ceux qui, par le maintien des réfugiés, veulent déstabiliser le Timor Oriental et le reconquérir au profit de l’Indonésie.

Les pays et organisations des NU qui ont envoyé des observateurs, en particulier le Portugal, l’UNTAET et l’OIM, doivent reconnaître qu’ils ont été trompés et dire clairement, comme l’a fait José Ramos Horta, que ce recensement a été une ‘farce’. Ces pays et organisations doivent lutter pour que les NU, et en particulier le Conseil de Sécurité, imposent un nouveau recensement en accord avec les critères internationaux.
 

Les Faits :

Parmi beaucoup d’autres, ces faits et déclarations peuvent aider à comprendre le processus du recensement.

1. Les chiffres

a. Les chiffres suivant sont ceux des déplacés résidants dans la province de Nusa Tenggara Timur (NTT) dont le Timor Occidental fait partie. Des réfugiés ont été envoyés dans d’autres provinces ; les informations sont rares mais il ne faudrait pas les oublier.

b. Un premier recensement fait par les autorités indonésiennes en mars 2000 a recensé 134 000 réfugiés en NTT, dont 126 000 au Timor Occidental (HCR, 22-6-00). Bien que l’on considère que 134 000 soit le chiffre officiel, diverses autorités présentent des chiffres totalement différents : "250 000, seulement dans le district de Belu lorsqu’il y a distribution de riz, selon les autorités locales" (Indonesian Observer, 30-10-00).

c. Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) les estimait entre 80 000 et 100 000 en septembre (HCR, 6-9-2000), et José Ramos Horta entre 60 000 et 70 000 (AFP, 13-11-00).

d. Le HCR et l’OIM, les deux organisations qui contrôlent les retours, ont compté 180 000 retours au Timor Oriental depuis octobre 1999 : 130 000 d’octobre à décembre 1999 (33 000/mois) ; 30 000 de janvier à mars 2000 (10 000/mois) et 20 000 d’avril 2000 à mai 2001 (1 400/mois).

e. L’unique chiffre global des déplacés en Indonésie est fourni par Basyiruddin Yusuf, chef de la taskforce pour les réfugiés envoyée au Timor Occidental par le gouvernement de Djakarta : "au total, il y a eu 284 000 réfugiés. Actuellement, seuls 125.000 au total sont dans l’attente de retourner sur leur terre natale" (Antara, 24-3-01).

f. Un comptage réalisé au Timor Oriental par l’UNTAET, le HCR et le CNRT (Conseil National de la Résistance Timoraise) pendant 2 mois, communauté par communauté, a enregistré 84 707 disparus depuis septembre 1999 (OCHA, Rapport n.27, 8-6-01). La presque totalité de ces disparus doivent être des réfugiés.

g. Le recensement du 6 juin prétendait éclaircir "une fois pour toutes" le nombre de réfugiés. Le chiffre total, 295 744 résulte probablement de deux facteurs : considérer comme réfugiés les Indonésiens qui ont résidé temporairement au Timor Oriental. "Un fonctionnaire ou un policier indonésien qui a vécu 5 ans au Timor Oriental peut être qualifié" pour y retourner, affirme Paul Amalo, coordinateur des relations publiques de la taskforce indonésienne pour les réfugiés (AFP, 22-5-01). Les critères proclamés par d’autres membres de la taskforce comme être né au Timor Oriental, ou être fils ou conjoint des précédents, ont certainement été peu respectés. Il y aura eu aussi des inscriptions multiples, le Jesuit Refugee Services, actif dans les camps de Timor Occidental, dit que beaucoup de personnes se sont recensées plusieurs fois dans des lieux différents et sous différents noms dans l’espoir de recevoir davantage d’aide (JRS, n.94, 11-6-01).

2. La sécurité

a. En septembre 1999, avant même l’arrivée de la force internationale d’intervention des Nations Unies au Timor Oriental, Mme Sadako Ogata, Haut Commissaire aux Réfugiés, établit avec le gouvernement de l’Indonésie un accord qui garantit la sécurité et le libre accès des fonctionnaires du HCR aux camps de réfugiés du Timor Occidental (International Herald Tribune, 27-9-99). Dix mois plus tard, Mme Ogata est obligée d’insister : "le gouvernement indonésien doit respecter ses engagements sur « l’établissement d’une sécurité adéquate dans les camps. Sinon nous pourrons revoir complètement nos opérations dans la province" (HCR, 14-7-00).

b. "Résoudre le problème des milices au Timor Occidental est clairement une question importante pour la communauté internationale, pour le Timor Oriental, pour les réfugiés qui sont encore dans les camps et pour l’Indonésie elle-même. (...) l’établissement d’une sécurité effective est une condition préalable essentielle, que seulement l’Indonésie peut assurer" affirme Penny Wensley, représentante de l’Australie auprès du Conseil de Sécurité (29-2-00).

c. Moins d’un an après l’accord, 103 attaques des milices contre des fonctionnaires des agences humanitaires ont déjà été enregistrées, sans compter les attaques de ces dernières semaines (Free East Timor Campaign, 30-8-00). L’OIM et le HCR ont déjà été obligés de fermer temporairement leurs bureaux à Atambua, et les NU ont mis le district de Belu en état d’alerte, entre la Phase III et la Phase IV (OIM, 1-9-00).

d. Le 6 septembre, 3 fonctionnaires du HCR sont tués par des miliciens à Atambua. Les NU mettent le Timor Occidental en état d’alerte maximum, ‘Phase V’, et retirent tous les fonctionnaires des agences humanitaires internationales.

e. Les milices pro-indonésiennes continuent à infiltrer des hommes armés au Timor Oriental, bien que, officiellement, elles aient annoncé leur dissolution et leur transformation en organisation politique, l’Union des Guerriers Timorais (UNTAS). Cette activité militaire est impossible sans appuis en Indonésie. "Le porte-parole des Forces Armées indonésiennes, Rear Marshal Graito Usodo, dit qu’un groupe d’élite essaie de convaincre les ex-milices à réoccuper le Timor Oriental. Mais il ne donne pas d’autres explications" (OCHA n.20, 20-4-01).

3. Les réfugiés sont source de rendements

a. La taskforce indonésienne envoyée par le gouvernement central a découvert que le nombre des réfugiés augmentait chaque fois qu’il y avait une distribution de riz. Dans un de ces cas, les autorités du district de Belu ont prétendu avoir 250 000 réfugiés alors que le chiffre total pour les 5 districts, probablement déjà gonflé, était de 134 000 (Indonesian Observer, 30-10-00).

b. La taskforce se heurte à des difficultés venues des réfugiés et de leurs dirigeants qui craignent un recensement crédible "qui peut avoir un impact négatif sur le montant des ressources (aliments, argent) que les réfugiés, et indirectement les groupes pro-autonomie reçoivent", "Les autorités de NTT peuvent aussi être opposées à voir une grande réduction des chiffres parce que cela peut conduire à une diminution des fonds attribués par Djakarta" (HCR, Joint Operation Center, report 15, 5-12-00).

c. L’Indonésie commence par demander de l’aide pour les réfugiés qui veulent retourner au Timor Oriental : "nous avons besoin de la participation active de la communauté internationale pour la réinstallation de ceux qui veulent retourner au Timor Oriental" déclare le ministre des Affaires Etrangères, Alwi Shihab (conférence de presse aux USA, 15-8-00), mais ensuite elle quémande aussi pour la réinstallation en Indonésie : "Il ne peut pas y avoir de discrimination dans l’attribution de l’assistance entre ceux qui veulent retourner et ceux qui choisissent de rester en Indonésie" (Widodo, chargé d’Affaires, UN S/2000/1125, 27-11-00).

d. "Moins de réfugiés signifie moins d’argent" dit un officier de la taskforce cité par le Straights Times de Singapour (HCR, JOC n.27, 4-5-01). Vrai pour les chefs des milices cet argument vaut aussi pour les autorités locales indonésiennes et même pour la gouvernement central.

4. La pression internationale et l’image de l’Indonésie

a. Le ministre des Affaires Etrangères, Alwi Shihab déclare : "nous voulons montrer au monde entier que nous, le gouvernement indonésien, voulons résoudre ce problème une fois pour toutes et nous voulons montrer que ce n’est pas nous qui voulons empêcher le retour" (conférence de presse aux USA, 15-8-00).

b. "L’Indonésie ne plaisante pas en cette matière. Pour moi, la solution du problème des réfugiés ne doit pas être ajournée parce que c’est un problème de politique internationale" dit le ministre coordinateur des Affaires Politiques, Sociales et de la Sécurité, Bambang Yudhoyono (Indonesian Observer, 14-10-00).

c. "Le gouvernement doit discuter du recensement des réfugiés avec les NU pour que toutes les parties acceptent les résultats" Pake Pani, vice-gouverneur de NTT (AFP, 23-12-00).

d. "Les ajournements répétés du recensement des réfugiés ont un impact négatif au niveau international pour le gouvernement indonésien" dit le directeur de l’Institute for the Advocacy and Study of East Timor, Yoseph Dasi Djawa (Antara, 16-4-01).

e. Le colonel Heriyanto, affirme vouloir garantir la sécurité des fonctionnaires du recensement, y compris les observateurs étrangers, pour sauvegarder l’image internationale de l’Indonésie (Antara, 2-5-01).

f. "Le problème des réfugiés est un problème qui est suivi de près par la communauté internationale" dit Agum Gumelar, ministre de la Sécurité, "Nous ne pouvons pas donner l’image que l’Indonésie ne veut pas sérieusement le traiter" (AFP, 27-6-01)

5. Recensement, donner aux milices ce que l’on retire aux internationaux

a. "Sans l’aide des dirigeants timorais (réfugiés) le gouvernement se heurtera à de nombreux obstacles pour le recensement" dit Joanico Cesario, ex-commandant des milices du Secteur A. "Le Gouvernement peut engager l’UNTAS et l’UNTAS peut former des groupes de travail constitués de dirigeants timorais et des réfugiés eux-mêmes" (Surya Timor, 24-3-01).

b. Le gouvernement central et la taskforce vont avoir une réunion de coordination avec l’UNTAS, des communautés et dirigeants religieux au Timor Occidental, pour préparer le recensement (Sasando Pos, 1-5-01). Le changement de position est net après cette date.

c. João Tavares, commandant suprême des milices, "avertit ses hommes qu’ils doivent penser 1 000 fois avant de prendre la décision de retourner parce que, dit-il, toutes les prisons de Timor Oriental sont maintenant pleines d’ex-miliciens qui sont retournés, (...) les réfugiés veulent lutter jusqu’à la dernière goutte de sang pour que le Timor Oriental continue à faire partie de l’Indonésie. Le recensement est un effort pour obliger les réfugiés à sortir de l’Indonésie" (Radar Timor, 15-3-01). João Tavares avertit les autres ex-miliciens et commandants de ne pas empêcher le recensement (Surya Timor, 10-5-01).

d. Filomeno Hornay, secrétaire général de l’UNTAS, dirige une délégation de dirigeants réfugiés en visite au Timor Oriental. Ils participent à une réunion de réconciliation entre partisans de l’intégration et partisans de l’indépendance : "nous espérons que le blocage entre les deux groupes trouve une solution ; tous les Timorais pourront alors tourner une page nouvelle et reconstruire ensemble le nouveau pays de Timor Lorosae" déclare Filomeno (BBC, 8-5-01). Quelques jours plus tard, de retour en Indonésie, il affirme : "les réfugiés doivent préférer rester en Indonésie plutôt que d’être traités de façon inhumaine s’ils retournent au Timor Oriental" (Indonesian Observer, 19-5-01).

e. L’exécutif de l’UNTAS à Belu "a décidé de ne pas participer au recensement... considéré comme une perte de temps et de ressources" dit Mateus Guides, secrétaire local de l’UNTAS (Radar Timor, 1-5-01) ; "Tous les coordinateurs des camps de réfugiés ont exprimé leur appui au recensement et sont prêts à y participer" affirme Agostinho Pinto, chef de l’UNTAS dans le district de Belu, à la fin d’une réunion de ces coordinateurs (Antara, 2-6-01).

f. L’Indonésie veut réduire le rôle des agences internationales au strict minimum nécessaire pour obtenir l’aval des Nations Unies : "Mon Gouvernement a l’intention d’implanter ce processus (recensement) par le biais du gouvernement de l’Indonésie et des ONG, avec des observateurs et l’appui des agences des NU" Alwi Shihab (UN SC, 12-10-00) ;

g. "Le recensement doit aller de l’avant et nous n’avons pas besoin d’attendre le HCR, toutefois les institutions internationales pourront certainement être invitées comme observateurs du processus de recensement qui sera conduit par l’Indonésie" dit le ministre Bambang Yudhoyono (Surya Timor, 19-10-00).

h. Le lieutenant-colonel Suwandi Mihardja, de la taskforce pour les réfugiés, "dit que l’UNTAET ne sera pas engagée, mais les résultats responsabiliseront les parties internationales, pour cela les agences internationales comme le HCR et d’autres seront engagées comme observateurs" (Radar Timor, 27-3-01).

6. NU : échanger les principes contre des résultats immédiats

a. "Comme elle l’a déjà souvent exprimé, la communauté internationale veut donner à l’Indonésie l’appui nécessaire pour assumer sa part du problème (la réinstallation des réfugiés qui veulent rester en Indonésie). Je répète que le plan global du gouvernement indonésien est valable et nous l’appuyons. Le HCR, l’OIM et d’autres agences internationales peuvent procéder au recensement, retour ou réinstallation en Indonésie, en étroite coopération avec le gouvernement indonésien, et l’UNTAET veut appuyer totalement ce processus. De fait, comme tous le savent, le problème pourrait être résolu depuis longtemps si les milices avaient été retirées des camps de réfugiés et si les agences avaient pu faire leur travail et déterminer librement qui veut retourner et qui veut rester" déclare devant le Conseil de Sécurité, Hedi Annabi, représentant du SG pour les opérations de maintien de la paix (UN SC, 29-9-00).

b. "Tous veulent une solution rapide au problème des réfugiés, mais si les réfugiés ne peuvent pas exprimer leur volonté sans intimidations ou pressions, le processus ne sera pas crédible" dit Sidney Jones, directrice de Human Rights Watch (AFP, 24-10-00).

c. "Pour que le recensement soit crédible il doit y avoir un engagement de personnel international. (...) En accord avec le paragraphe 5 de la résolution 1319 du Conseil de Sécurité, la Mission rappelle que le HCR et les autres agences ne peuvent retourner au Timor Occidental tant que la sécurité ne sera pas rétablie et que ne seront pas faits de véritables progrès dans le désarmement et le démantèlement des milices" (UN SC rapport de la Mission du Conseil de Sécurité, 17-11-00).

d. "La mission du Conseil de Sécurité à Timor a pris note des efforts du gouvernement de l’Indonésie pour résoudre la question des réfugiés (...) Il est clair que le problème est compliqué. Il y a nécessité urgente de travailler ensemble pour faciliter le recensement le plus rapidement possible (...) Beaucoup de réfugiés disent qu’ils ont peur de ne pas pouvoir exprimer un choix libre sur leur avenir et que la sécurité dans les camps continue à être un problème. Il faut avant tout une action décisive pour en finir avec le maintien des milices" (UN Martin Anjaba, chef de la mission du Conseil de Sécurité, 17-11-00).

e. "Le Département de Sécurité des NU veut aller au Timor Occidental pour évaluer les conditions de sécurité" dit la porte-parole du HCR du Bureau de Djakarta, mais elle ajoute que la présence du HCR "n’est pas importante" pour le programme de réinstallation : "là-bas nous dépendons de la taskforce, nous appuyons simplement le mandat du gouvernement indonésien pour la réinstallation de ses réfugiés". Empêcher les intimidations des dirigeants des ex-milices doit être "le travail des militaires et de la taskforce", ajoute-t-il (AFP, 16-3-01)

f. "Un des plus grands problèmes de droits de l’homme que nous n’avons pas réussi à résoudre est le maintien des 60 à 100 000 réfugiés qui se trouvent au Timor Occidental (...) les conditions de sécurité déficientes au Timor Occidental ne permettent pas une présence internationale fixe, et la solution du problème n’a pas été trouvée. Malgré cela, nous continuons à travailler avec les autorités indonésiennes pour trouver la meilleure façon d’appuyer leurs efforts pour promouvoir le retour de ces réfugiés qui doivent choisir librement ce qu’ils veulent" (Vieira de Mello à la CDH, 5-4-01).

g. La Commission des Droits de l’Homme à Genève : "incite le gouvernement de l’Indonésie à continuer à désarmer et démanteler les milices, rétablir le sécurité dans les camps de réfugiés de Timor Occidental et prendre des mesures permettant aux réfugiés de faire un choix libre et informé" ; "tous les efforts doivent être faits pour achever le programme de rapatriement des réfugiés en accord avec les normes internationales, y compris la nécessité d’un recensement impartial et transparent des réfugiés en vue de permettre leur recensement pour les élections générales du 30 août" (Déclaration de consensus du Président de la CDH, 20-4-01).
h. Le chef du staff de l’UNTAET, N. Parameswaran, dit que la tournée de 3 jours dans 4 camps de réfugiés a été un succès (...) et qu’il espère que des milliers de réfugiés vont revenir rapidement (OCHA 20, 20-4-01).

i. A propos de la même tournée, Hedi Annabi a une position différente : "En ce qui concerne les réfugiés, Annabi dit qu’il n’y a pas eu de progrès palpables dans les négociations entre l’UNTAET et les autorités indonésiennes malgré les efforts de l’UNTAET qui ont culminé lors de la visite des 4 camps de réfugiés du 9 au 11 avril. Malgré la forte sécurité assurée par l’armée et la police indonésiennes, l’équipe a été avisée de ne pas visiter le camp de Betun, forteresse des milices pro-Indonésie. Selon le rapport, la majorité des réfugiés n’a pas exprimé d’opinion lorsque les Indonésiens accompagnés par l’UNTAET les ont informés du plan de recensement et de leurs possibilités de choisir entre le rapatriement et la réinstallation permanente en Indonésie. Dans chaque camp, un groupe, petit mais bruyant, dénonçait le résultat du vote de 1999 disant qu’ils voulaient retourner seulement si le Timor Oriental redevenait une partie de l’Indonésie" (UN SC/7061, 18-5-01).

j. Les réfugiés qui veulent revenir peuvent le faire en toute sécurité. Rien ne les empêche de revenir chez eux, dit N. Parameswaran de l’UNTAET (Timor Post, 24-5-01).

k. L’UNTAET veut envoyer un observateur pour le jour du recensement (UNTAET, 25-5-01)

l. Les 12 observateurs internationaux qui ont répondu à l’invitation de l’Indonésie, escortés ou conduits par la police et les militaires indonésiens "ont visité 120 postes de vote dans 11 sous-districts entre 8 heures du matin et 8 heures du soir" (Rapport des observateurs, 15-6-01).

m. "Comme réfugié, j’ai beaucoup de doutes sur ce recensement. Comment les NU peuvent-elles reconnaître tout cela ?" demande le réfugié Bas Sole (Jakarta Post, 7-6-01).

7. Timorais : un choix difficile

a. Retourner ou rester "c’est un décision fondamentale qui affecte l’avenir" dit Carlos de Fatima, responsable des questions légales et des droits de l’homme à l’UNTAS. Il est difficile de prendre cette décision maintenant parce que le programme de réinstallation n’est pas encore prêt et la situation au Timor Oriental est encore peu sûre (Surya Timor, 21-10-00).

b. "Nous sommes prêts à appuyer le recensement" dit le dirigeant des réfugiés, Matias de Jesus Ornay. Il demande au gouvernement indonésien de ne pas poser la question du rapatriement ou permanence en NTT parce qu’en principe tous les Timorais réfugiés veulent retourner. Un autre ex-milicien, Domingos Parreira, dit : "si nous recevons l’ordre de choisir entre retourner et rester ici, il est possible que la majorité reste silencieuse" (Radar Timor, 12-3-01)

8. Retours : prévisions et réalité

a. Le ministre Yudhoyono dit qu’il estime que 60 % des réfugiés veulent rester en Indonésie et 40 % veulent retourner à Timor Oriental : "c’est seulement une prévision. Ce sera une certitude seulement lorsque les réfugiés seront recensés et cette prévision pourra probablement changer" (Surya Timor, 23-1-01).

b. Environ 70 % des dizaines de milliers de réfugiés veulent retourner chez eux dit le colonel Budi Hariyanto, chef militaire de la province du Timor Occidental : "seuls environ 30 %, la majorité des ex-miliciens et leurs familles, voudront rester en Indonésie" (DPA, 18-4-01).

c. Filomeno Hornay, secrétaire général de l’UNTAS, prévoit qu’environ 95 % des réfugiés préféreront rester en Indonésie comme citoyens indonésiens. Le général Willem da Costa, commandant militaire de Udayana, région dont dépend Timor Occidental, critique cette prévision et affirme qu’il n’y croit pas (Indonesian Observer, 19-5-01).

d. Beaucoup de fonctionnaires pensent qu’il n’y aura probablement pas plus de 10 % des réfugiés qui choisiront de rester volontairement en Indonésie (Reuters, 6-6-01).

e. Résultats du recensement : 98,2 % choisissent de rester, 1,1 % choisit de retourner, 0,6 % refuse de choisir (AFP, 13-6-01).

f. Le témoignage, dans le journal ‘The Jakarta Post’, de 3 réfugiés qui ont décidé de rester peut expliquer pourquoi ils n’ont pas choisi de retourner tout de suite, il n’explique pas pourquoi ils ont dit qu’ils voulaient rester en Indonésie : "je veux retourner au Timor Oriental lorsqu’il y aura la sécurité" dit António Soares ; "quand la situation sera plus favorable" dit Manuel da Silva ; "si les premières élections se passent calmement" dit Manuel (JP, 12-6-01).

9. L’avenir

a. Après connaissance des résultats, Xanana Gusmão déclare : "nous restons ouverts vis-à-vis de tous ceux qui veulent revenir chez eux" (AFP, 12-6-01).

b. "Les observateurs espèrent que les résultats seront analysés avec soin par le gouvernement pour assurer la crédibilité des résultats. De plus, ils font remarquer que, sur la base de nos observations, les résultats peuvent être vus comme un choix fait par les réfugiés ce jour là, et pas nécessairement une indication de leurs intentions permanentes" (Rapport des observateurs, 15-6-01).
Les autorités indonésiennes elles-mêmes ont été surprises par ces résultats. Basyiruddin dit que "la taskforce donnera aux réfugiés qui ont décidé de rester en Indonésie la possibilité de changer d’opinion et d’être rapatriés" (Antara, 15-6-01).
 

Conclusions :
 

  • La sécurité, des réfugiés et des fonctionnaires des agences humanitaires, était et est la condition essentielle pour que les réfugiés puissent être informés correctement et pour qu’ils puissent choisir leur avenir sans pression.
  • Les NU ont clairement conscience que c’est-là la condition préalable à tout choix libre ; ils avaient aussi, jusqu’à la date du recensement, clairement conscience que l’Indonésie n’avait pas pris les mesures nécessaires pour séparer les milices des autres réfugiés.
  • On est surpris dans ces conditions que les NU aient donné couverture à un recensement qui se déroulait sur un territoire en état d’alerte maximum (Phase V). Plusieurs mesures ont conduit à cette décision, mais il est difficile de ne pas distinguer une responsabilité très particulière de Nagalingam Parameswaran, diplomate de Malaisie et chef du staff de l’UNTAET, qui a visité Timor Occidental de nombreuses fois et a fait des déclarations contraires à la réalité (ver 6.h, i, j).
  • Le recensement n’a atteint aucun de ses objectifs : il n’a précisé ni le nombre des réfugiés, ni le nombre de ceux qui veulent rester ou retourner, ni donné à ces derniers la possibilité de retourner à temps pour s’inscrire sur les listes électorales du Timor Oriental, ni même favorisé la réinstallation en Indonésie vu qu’il ne distingue pas ceux qui veulent rester de ceux qui veulent retourner dès que la situation le permettra.
  • Feindre que les résultats obtenus ont une quelconque crédibilité c’est retarder la solution et prolonger les souffrances. Tous les efforts de la communauté internationale doivent être orientés vers l’obligation faite à l’Indonésie de séparer les milices des autres réfugiés et de rétablir la sécurité. Seules ces mesures permettront une information véritable et l’organisation d’un nouveau recensement par des organismes internationaux. L’expérience a montré qu’il n’est pas possible de contourner cette condition.


  • Observatoire pour l’accompagnement du processus de transition au Timor Oriental un programme de la ‘Comissão para os Direitos do Povo Maubere’
    Coordinatrice: Cláudia Santos 
    Rua Pinheiro Chagas, 77 2ºE - 1069-069   Lisbonne - Portugal

    tel.: 351 21 317 28 60 - fax: 351 21 317 28 70 - courrier électronique: cdpm@esoterica.pt  URL:http://homepage.esoterica.pt/~cdpm

    Observatoire Timor-Oriental  Updated Jan 25
    Deux Organisations Non Gouvernementales portugaises, la ‘Commission pour les Droits du Peuple Maubere’ et l’association oecuménique "La Paix est Possible au Timor Oriental", qui se solidarisent avec la cause du peuple du Timor Oriental depuis le début des années 80, ont pris la décision de créer un OBSERVATOIRE TIMOR ORIENTAL. La vocation de cet observatoire est d’accompagner le processus de transition du Timor Oriental, aussi bien le processus de négociation que ses répercussions au niveau international et l’évolution de la situation à l’intérieur du territoire.
    courrier électronique: cdpm@esoterica.pt  URL: http://homepage.esoterica.pt/~cdpm/framef.htm

    Portuguese:
    Observatório Timor Leste  Updated Jan 25
    Duas Organizações Não Governamentais portuguesas, a COMISSÃO PARA OS DIREITOS DO POVO MAUBERE (CDPM) e o grupo ecuménico A PAZ É POSSÍVEL EM TIMOR LESTE que, desde o início da década de oitenta, se solidarizam com a causa do Povo de Timor Leste, tomaram a decisão de criar o OBSERVATÓRIO TIMOR LESTE. A vocação do Observatório Timor Leste é, no quadro das recentes alterações do regime de Jacarta face a Timor Leste, o acompanhamento, a nível internacional, do processo negocial e, no interior do território, do inevitável período de transição que se anuncia.
    correio electrónico: cdpm@esoterica.pt  URL: http://homepage.esoterica.pt/~cdpm/framep.htm

    English:
    East Timor Observatory  Updated Jan 25
    ETO was set up by two Portuguese NGOs - the Commission for the Rights of the Maubere People (CDPM) and the ecumenical group Peace is Possible in East Timor,  which have been involved in East Timor solidarity work since the early eighties. The aim of the Observatory was to monitor East Timor's transition process, as well as the negotiating process and its repercussions at international level, and the developments in the situation inside the territory itself.
    E-mail: cdpm@esoterica.pt  Homepage: http://homepage.esoterica.pt/~cdpm/frameI.htm


    voyez ceci:

    Portugaise langue:
    Jul 2 OTL: Refugiados; um recenseamento inútil e perigoso  Report added July 11
    "O recenseamento não atingiu nenhum dos seus objectivos: nem esclareceu o número de refugiados, nem os números dos que querem ficar ou voltar, nem deu a estes últimos a possibilidade de regressar a tempo para a inscrição no recenseamento eleitoral em Timor Leste, nem mesmo favorece a reinstalação na Indonésia visto que não distingue os que querem ficar dos que querem voltar logo que a situação o permita." Observatório Timor Leste

    Anglais:
    Jul 2 ETO: Refugee registration: futile and dangerous  Report added July 11
    "The registration exercise did not achieve any of its stated goals: it did not determine the number of refugees, nor clarify the numbers wishing to stay / to return. It did not enable those wishing to return to get back in time to be included on the electoral roll in East Timor, nor has it facilitated resettlement in Indonesia, as it did not make any distinction between those wanting to live permanently in Indonesia and those just waiting to go back home as soon as the situation permits." East Timor Observatory

    BD: 'Refugees' & Missing Persons - A collection of recent information, reports, articles and news


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