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"Des intérêts politiques et économiques empêchent un comptage crédible des réfugiés. Les autorités indonésiennes ont accepté la présence des agences d’aide internationales pour recevoir de l’aide, mais n’ont rien fait pour le démantèlement des milices qui contrôlent les réfugiés et les retours en étroite collaboration avec les militaires indonésiens avec lesquels elles partagent les droits de passage exigés à ceux qui veulent retourner." Observatoire Timor-Oriental

Observatoire Timor-Oriental

Ref.: SE10-20/01/2001fre

Sujet : Réfugiés : Combien sont-ils ? Combien veulent retourner au Timor Oriental ?


Contents:
Résumé
Les Faits
Conclusions


Résumé :

Plus de 250 000 habitants du Timor Oriental, la plupart timorais mais aussi un nombre indéterminé d’indonésiens, se sont “ réfugiés “ ou ont été poussés vers l’Indonésie après le vote en faveur de l’indépendance.  Quinze mois plus tard il en resterait entre 157 585 et 60 000 au Timor Occidental. Plus élevé est ce chiffre, plus importantes seront les aides (alimentaires et monétaires) et cela intéresse les intermédiaires, milices, militaires et autres dirigeants civils, locaux ou nationaux. Combien de réfugiés y a-t-il véritablement, qui veut rester en Indonésie ou retourner au Timor Oriental ? Seul un enregistrement réalisé avec la participation des Nations Unies peut apporter une réponse crédible, mais les agences humanitaires internationales ont retiré leurs fonctionnaires après le massacre de trois d’entre eux par les milices. Il est urgent de faire ce comptage et l’enregistrement de ceux qui veulent rester ou partir, mais l’urgence ne peut être obtenue au prix de la crédibilité.
 

Les Faits :

Combien de “ réfugiés “ au Timor indonésien ?

En octobre 1999, le gouvernement indonésien et le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR) parlent de “plus de 250 000” réfugiés (Jakarta Post, 5-10-99).

Fin février 2000, selon le HCR et l’OIM (Organisation Internationale pour les Migrations), 144 000 personnes sont revenues au Timor Oriental. En mars, les autorités indonésiennes font un comptage des réfugiés restants, le résultat annoncé est de 134 000. Entre mars et la fin de l’année, 35 000 de plus retournent au Timor Oriental, mais les autorités indonésiennes maintiennent le chiffre de mars et l’augmentent parfois sous prétexte que le comptage initial n’a pas été exhaustif. Dans une lettre au Conseil de Sécurité, en date du 27 novembre 2000, la représentation de l’Indonésie auprès des Nations Unies indique le chiffre de 157 585.

Les Nations Unies hésitent : 80 000 selon le HCR (conférence de presse du 6-9-00) ; entre 100 000 et 120 000 selon Sergio Vieira de Mello (Nations Unies, S/PV.4203, 29-9-00).

José Ramos Horta conteste ces chiffres et estime le nombre des réfugiés entre 60 000 et 70 000 (AFP, 13-11-00).
Durant les trois derniers mois de l’an 2000, 3 000 réfugiés seulement sont retournés au Timor Oriental.
 

Beaucoup d’intérêts empêchent un comptage crédible

Des intérêts politiques et économiques empêchent un comptage crédible des réfugiés. Les autorités indonésiennes ont accepté la présence des agences d’aide internationales pour recevoir de l’aide, mais n’ont rien fait pour le démantèlement des milices qui contrôlent les réfugiés et les retours en étroite collaboration avec les militaires indonésiens avec lesquels elles partagent les droits de passage exigés à ceux qui veulent retourner.

L’assassinat de trois fonctionnaires du HCR a amené le Conseil de Sécurité à “décider le retrait de tous les fonctionnaires internationaux des Agences et ONG internationales ; exiger le désarmement des milices, leur démantèlement et le recensement des réfugiés” (Résolution 1319, 8-9-00).

Sous forte pression internationale le gouvernement de Djakarta envoie une ‘taskforce’ au Timor Occidental à la mi-octobre. La taskforce confirme ce que l’on suspectait déjà “une répugnance continue des réfugiés et de leurs dirigeants à être enregistrés dans un comptage crédible qui puisse indiquer un chiffre inférieur à celui des 134 000 actuellement considérés par le gouvernement indonésien [parce que] cela pourrait avoir un impact négatif sur le montant des ressources (alimentaires et monétaires) que les réfugiés, et indirectement les groupes pro-autonomie [pro-Indonésie], reçoivent ; les autorités de NTT [Nusa Tenggara Timur, province indonésienne qui comprend Timor Occidental et les îles voisines] peuvent aussi répugner à voir une plus grande réduction de ce chiffre parce que cela peut réduire le montant des fonds attribués par Djakarta” (NTT Xpress cité in HCR update n.15, 5-12-00).

Le gouverneur de la Province, Piet Tallo, a senti un début de changement :
“Tallo a dit au ministre qu’il ne savait pas pourquoi le nombre de réfugiés augmentait lorsqu’il y a distribution de riz”, “il y a 67 000 réfugiés du Timor Oriental à Belu [un des Districts du Timor Occidental] mais lorsqu’il y a distribution de riz plus de 250 000 signent pour recevoir les aides”.  “Je crains que beaucoup de riz aille à des personnes non-concernées, ou que beaucoup de réfugiés reçoivent l’assistance plus d’une fois” a dit le gouverneur au ministre (Indonesian Observer, 30-10-2000).

Quatre évêques, les deux évêques du Timor Oriental et deux du Timor Occidental, ont demandé au gouvernement de l’Indonésie de “faciliter le retour et de réprimander tous ceux qui profitent des souffrances des réfugiés à leur profit, politique et économique” (AFP, 6-1-2001).
 

Retourner ou rester ?

“Plus de 58 % des plus de 250 000 réfugiés du Timor Oriental campant à Nusa Tenggara Timur veulent retourner dans leur patrie, disent le gouvernement et le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies” écrivait le ‘Djakarta Post’ le 5 octobre 1999. A la fin de l’an 2000, 174 000 réfugiés étaient retournés et les autorités indonésiennes continuent à dire que la moitié [des 134 000 qu’ils disent rester] veulent rester en Indonésie. Un grand nombre de réfugiés peut servir à des fins politiques et, en plus de la violence des milices, il y a plusieurs façons de les retenir : de fausses informations sur les conditions d’accueil au Timor Oriental ; le non-paiement des retraites ou le blocage des comptes en banque ; la séparation des familles. Le ministre de la Défense, Mohamed Mahfud, y contribue lorsqu’il déclare que les Timorais qui sont au Timor Oriental sont tellement déçus par les forces internationales qu’ “ils commencent à penser à la réintégration en Indonésie”, et accuse les Nations Unies de fraude lors du référendum de 1999 (AFP, 14-9-00). Le ministre utilise les 130 000 réfugiés comme preuve de cette fraude sans même indiquer que tous les réfugiés n’ont pas l’âge de voter : “les résultats disent que 21 % ont voté pour l’intégration mais comment se fait-il que le nombre de réfugiés est plus élevé, c’est-à-dire 40 %” (Detikworld, 23-9-00).

Un grand nombre de réfugiés sert aussi à obtenir des aides pour leur réinstallation. Le président Wahid presse “la communauté internationale” d’”accélérer la remise des fonds promis pour rapatrier ou réinstaller le reste des réfugiés en Indonésie”. Dans la lettre au Conseil de Sécurité déjà citée, la représentation indonésienne auprès des Nations Unies insiste sur le fait qu’”il ne peut y avoir de discrimination dans l’attribution de l’assistance entre ceux qui choisissent le rapatriement au Timor Oriental et ceux qui décident de rester en Indonésie”. Cette aide suivra-t-elle le même chemin que les aides alimentaires et monétaires citées dans le rapport de la taskforce gouvernementale ou dans les déclarations du gouverneur ?  Des réfugiés qui veulent rester en Indonésie ont incendié plus de 100 maisons dans deux camps de réinstallation parce que les maisons, soi-disant construites pour loger les réfugiés, ont été en majorité attribuées à la population locale (AFP, 3 et 4-1-2001).

Ces incendies ont exaspéré l’opinion publique du Timor Occidental, déjà mécontentée par des attitudes violentes antérieures. Le gouvernement provincial ne peut rester insensible ; un député local, Arief Rachman, exprime ce changement : “nous respectons absolument la façon dont ils ont lutté au Timor Oriental dans le passé, mais nous ne pensions pas qu’ils feraient la même chose ici” (Mandiri, cité in BBC, 12-1). Le général Kiki Syahnakri, commandant de la région militaire, partisan déclaré des milices, a été promu et envoyé à Djakarta ; il est encore trop tôt pour savoir si cela pourra réduire l’appui des militaires indonésiens aux milices.
 

Comptage crédible et choix libre ?

“Les réfugiés doivent être libres d’exercer leur choix, rester en Indonésie ou retourner au Timor Oriental” affirme Kofi Annan à Djakarta (AFP, 16-2-00). Le 19 février 2001, 2 000 fonctionnaires indonésiens doivent interroger environ 32 000 chefs de familles timorais réfugiés au Timor Occidental pour savoir s’ils veulent retourner ou rester. Le gouvernement indonésien prévoit la présence de 12 (douze) observateurs des Nations Unies ! Cette opération a déjà été programmée deux fois (19-10 et 13-12) et deux fois ajournée parce que les autorités indonésiennes reconnaissent qu’elle ne servirait à rien si les NU ne la reconnaissent pas comme crédible. “Pour que l’enregistrement soit crédible, il doit se faire avec la participation de fonctionnaires internationaux, en particulier de l’UNHCR et de l’OIM, opinion partagée par le gouvernement de l’Indonésie” (rapport de mission du Conseil de Sécurité, 18-11-00). Les autorités indonésiennes demandent avec insistance le retour des agences des Nations Unies mais le maintien des milices ne le permet pas : le démantèlement des milices ne vise pas seulement la sécurité des fonctionnaires des organisations humanitaires mais aussi la sécurité future de la frontière ; “l’objectif final est la frontière” déclare Harri Holkeri, président de l’Assemblée générale de l’ONU en visite à Timor (AFP, 16-1).
 

Conclusions :

Les autorités indonésiennes veulent le retour des agences internationales, mais leur incapacité à résoudre le problème des milices montre qu’il y a encore des secteurs qui les appuient ou les tolèrent tant que les réfugiés leur apportent des bénéfices. Il ne faudrait pas oublier les victimes !


Observatoire pour l’accompagnement du processus de transition au Timor Oriental un programme de la ‘Comissão para os Direitos do Povo Maubere’
Coordinatrice: Cláudia Santos 
Rua Pinheiro Chagas, 77 2ºE - 1069-069   Lisbonne - Portugal

tel.: 351 21 317 28 60 - fax: 351 21 317 28 70 - courrier électronique: cdpm@esoterica.pt  URL:http://homepage.esoterica.pt/~cdpm


Observatoire Timor-Oriental  Updated Jan 25
Deux Organisations Non Gouvernementales portugaises, la ‘Commission pour les Droits du Peuple Maubere’ et l’association oecuménique "La Paix est Possible au Timor Oriental", qui se solidarisent avec la cause du peuple du Timor Oriental depuis le début des années 80, ont pris la décision de créer un OBSERVATOIRE TIMOR ORIENTAL. La vocation de cet observatoire est d’accompagner le processus de transition du Timor Oriental, aussi bien le processus de négociation que ses répercussions au niveau international et l’évolution de la situation à l’intérieur du territoire.
courrier électronique: cdpm@esoterica.pt  URL: http://homepage.esoterica.pt/~cdpm/framef.htm

Portuguese:
Observatório Timor Leste  Updated Jan 25
Duas Organizações Não Governamentais portuguesas, a COMISSÃO PARA OS DIREITOS DO POVO MAUBERE (CDPM) e o grupo ecuménico A PAZ É POSSÍVEL EM TIMOR LESTE que, desde o início da década de oitenta, se solidarizam com a causa do Povo de Timor Leste, tomaram a decisão de criar o OBSERVATÓRIO TIMOR LESTE. A vocação do Observatório Timor Leste é, no quadro das recentes alterações do regime de Jacarta face a Timor Leste, o acompanhamento, a nível internacional, do processo negocial e, no interior do território, do inevitável período de transição que se anuncia.
correio electrónico: cdpm@esoterica.pt  URL: http://homepage.esoterica.pt/~cdpm/framep.htm

English:
East Timor Observatory  Updated Jan 25
ETO was set up by two Portuguese NGOs - the Commission for the Rights of the Maubere People (CDPM) and the ecumenical group Peace is Possible in East Timor,  which have been involved in East Timor solidarity work since the early eighties. The aim of the Observatory was to monitor East Timor's transition process, as well as the negotiating process and its repercussions at international level, and the developments in the situation inside the territory itself.
E-mail: cdpm@esoterica.pt  Homepage: http://homepage.esoterica.pt/~cdpm/frameI.htm


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